La douleur est
décrite comme « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à un dommage tissulaire présent ou potentiel, ou décrite en termes d’un tel dommage » (Association
internationale de l'étude de la douleur)
D'emblée cette définition met en évidence le caractère subjectif, intime de l’expérience douloureuse. Elle souligne aussi le fait qu’une douleur peut être présente même en l’absence de lésion d’un tissu objectivable. Par contre, elle n'insiste certainement pas assez sur l'influence des aspects sociaux et culturels, ainsi que des croyances de chacun dans la perception de la douleur.
Le Pr Gordon
Waddell, Chirurgien Orthopédique de formation et grand spécialsite de la prise en charge du mal de dos, développe depuis maintenant 20 ans, un point de vue original sur la douleur et les
problèmes de dos.
Dans la médecine occidentale la douleur perçue par le patient est traditionnelement associée à un tissu en souffrance (os, muscle, ligament…). Or, Waddell conclut après des années de recherche que ce modèle n'apparaît pas comme étant le plus satisfaisant.
Il a alors développé le modèle bio-psycho-social qui correspond a une nouvelle vision de la douleur. Ce modèle ne localise donc pas seulement la douleur à un tissu mais l’intègre à l’environnement du patient.

G. Waddell a décrit les causes existant lorsqu’une lésion se met en place. Avec le temps elle va s’amplifier et engendrer une succession d’états telles une contraction musculaire, une inactivité,
une fatigue , une insomnie, une anxiété et enfin une dépression.
Il a également listé les fausses-idées que les patients peuvent avoir en tête, rendant leur guérison plus difficile. Le modèle biopsychosocial accorde une grande importance à l’attitude du patient face à son symptôme. Si celui-ci est pessimiste, malgré les traitements, il risque de pénétrer dans un cercle de chronicité.
Voici quelques idées reçues qui peuvent influencer le patient dans sa perception de la douleur (d'après Waddell)
- Il n'y a pas de vrai traitement pour le mal de dos
- Le mal de dos finit par empêcher travailler
- Avoir mal au dos signifie souffrir par périodes pour le reste de sa vie
- Le repos constitue le meilleur traitement du mal de dos
- Les douleurs de dos s'aggravent progressivement avec l'âge
Quelques citations du Pr Gordon WADDELL lors d’une interview :
"Il faut cesser de vouloir chercher à tout prix une maladie."
"Je crois qu’il faut radicalement changer notre mode de pensée et cesser de vouloir chercher à tout prix une maladie. La plupart des gens qui ont mal au dos n’ont aucune maladie ni de graves dommages corporels. Leur problème c’est que le dos ne fonctionne pas comme il le devrait. Pour certains, il est devenu raide, les muscles sont trop faibles et ne travaillent plus comme ils le devraient. D’autres ont des problèmes de coordination. Il faut donc remédier aux problèmes fonctionnels plutôt que de chercher un éventuel dommage à réparer. "
"Nous devons retourner à des valeurs humanistes."
"Ce n’est pas la colonne vertébrale qui a un problème, c’est la personne. Nous ne pouvons pas nous contenter de soigner la colonne vertébrale, nous devons soigner l’individu dans sa totalité,
enfin, non pas le soigner, mais l’aider et le soutenir pour qu’il parvienne à gérer son problème."
"l’IRM ne nous révèle rien sur le mal de dos"
"Bien sûr, l’IRM est une bonne chose. Pour les maladies spinales, les problèmes nerveux, les fractures ou d’autres blessures graves de la colonne vertébrale, l’IRM constitue un progrès
considérable. Mais l’IRM ne nous révèle rien sur le mal de dos. Si l’on se contente de s’appuyer sur les examens de haute technologie, cela conduit souvent à des analyses erronées qui n’apportent
rien en matière de mal de dos. Evidemment, il faut continuer à utiliser l’IRM et d’autres examens lorsqu’ils peuvent éclairer certains problèmes. Mais ce serait une erreur de croire qu’ils vont
nous livrer la clé du mal de dos. Le problème c’est que les images à résonance magnétique du dos sont très séduisantes parce qu’elles sont excellentes. On a tendance à oublier qu’elles ne sont
que des ombres projetées sur un mur. Quand on aperçoit des altérations dégénératives, autrement dit des signes de vieillissement, on en déduit automatiquement qu’elles sont liées au mal de dos.
Pourtant, si on fait une IRM d’un individu qui n’a pas mal au dos, on verra exactement la même chose. Ces images nous informent davantage sur l’âge de la personne que sur son mal de dos. C’est
comme les cheveux gris ! Il ne nous viendrait pas à l’idée de dire que les cheveux gris provoquent des maux de tête. Si un médecin examinait votre tête et disait : « Vous avez des cheveux gris.
Nous allons vous raser la tête pour éliminer votre mal de tête. », vous penseriez qu’il raconte des bêtises. Le même risque existe avec l’IRM."
"Dans 99 % des cas, les médecins ne conseillent plus le repos."
"Au milieu des années quatre-vingt, on prescrivait le repos à la moitié des patients qui venaient consulter pour des maux de dos. Selon notre dernier sondage, ce nombre est tombé à 1 %. En 2004
en Ecosse, on a conseillé à 1 % seulement des patients qui ont consulté un médecin de garder le repos. Il y a sans doute certains patients qui ont besoin de rester allongé et pour lesquels ce
conseil est parfaitement adapté. Mais il est intéressant de voir que dans 99 % des cas, les médecins ne conseillent plus le repos. Il y a eu un changement radical dans la pratique médicale et
dans l’opinion publique."